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TDAH chez l'adulte

TDAH héréditaire : ce que disent les études sur la génétique

Par Julie Morand · 4 novembre 2026

Le TDAH a une forte composante familiale : la Haute Autorité de santé cite une héritabilité estimée à 76 % par une méta-analyse de 20 études, et de 72 % chez l’adulte dans une grande étude suédoise sur des jumeaux. Cela ne veut pas dire qu’un parent « transmet » le trouble à coup sûr. De nombreux variants génétiques s’additionnent, et l’environnement, comme la prématurité, y contribue aussi.

Beaucoup d’adultes se posent la question quand leur enfant reçoit un diagnostic : « Est-ce que cela vient de moi ? » La science répond par un oui nuancé. Le TDAH se transmet en partie dans les familles, mais il ne se résume ni à un gène, ni à une fatalité.

Le TDAH est-il héréditaire ?

Oui, pour une large part. Les études menées sur des jumeaux et sur des enfants adoptés ont montré un risque de récurrence plus élevé dans les fratries biologiques que chez les adoptés, ce qui pointe vers un rôle des gènes.

La HAS résume ces travaux dans son argumentaire de juillet 2024 sur le TDAH : une revue de 20 études estimait l’héritabilité à 76 %, et les estimations des différentes études de jumeaux vont de 0,50 à 0,98 selon les méthodes. Le mot « héréditaire » est donc justifié, à condition de ne pas lui faire dire plus qu’il ne dit.

Que signifie une héritabilité de 76 % ?

Ce chiffre ne dit pas qu’une personne tient 76 % de son TDAH de ses parents. Il indique qu’au sein d’une population, une grande part des différences observées entre les individus s’explique par des différences génétiques.

La HAS le rappelle elle-même : cette héritabilité ne signifie pas une origine purement génétique, car des facteurs environnementaux interviennent, notamment avant et autour de la naissance. En corrigeant certains biais, une étude citée dans le même document ramène la part génétique à environ 60 %.

Chez l’adulte, la même source mentionne une héritabilité de 0,72 dans une étude de registre suédois portant sur 59 514 jumeaux. Le TDAH reste donc fortement familial tout au long de la vie.

Le risque pour les proches d’une personne atteinte

Les chiffres varient d’une étude à l’autre, et il vaut mieux les lire comme des ordres de grandeur. Le tableau reprend ceux que la HAS rapporte.

Constat Chiffre cité par la HAS
Risque pour les parents, la fratrie et les enfants d’une personne diagnostiquée (étude de 2012) 30 à 40 %
Risque pour l’enfant d’un parent atteint (étude de 2001) plus de 50 %
Enfants avec TDAH dont un parent remplit aussi les critères (même étude) environ 25 %
Risque multiplié par rapport à la population générale, pour un parent ou un frère ou une sœur de 2 à 8 fois selon les études

Ces écarts s’expliquent par les méthodes, les âges et les populations étudiées. La HAS précise d’ailleurs que les études sur les familles ne permettent pas, à elles seules, de séparer la part des gènes de celle de l’environnement.

Quatre repères sur l’hérédité du TDAH : héritabilité de 76 % selon une revue de 20 études, 72 % chez l’adulte, 30 à 40 % de risque pour les proches, risque multiplié de 2 à 8
Les repères chiffrés sur l’hérédité du TDAH, tels que la HAS les rapporte.

Pas de gène unique : un trouble polygénique

Il n’existe pas un « gène du TDAH » que l’on pourrait chercher dans une prise de sang. L’étude pangénomique de Demontis, en 2019, a comparé l’ADN de plus de 20 000 personnes avec un TDAH à celui de plus de 35 000 personnes sans TDAH.

Elle a identifié de nombreux variants de risque, chacun avec un effet très faible, et confirmé une cause polygénique pour la plupart des cas. Autrement dit, beaucoup de petites différences se combinent pour augmenter la probabilité du trouble.

Cette logique explique pourquoi deux frères peuvent être différemment concernés, et pourquoi aucun test génétique ne sert aujourd’hui à poser ce diagnostic. Il repose sur un entretien clinique.

Père ou mère : une question mal posée

La question revient souvent, mais elle suppose un mécanisme simple qui n’existe pas. Dans un trouble polygénique, les variants de risque peuvent venir de l’un, de l’autre, ou des deux côtés de la famille.

Les études citées ici portent sur les parents et la fratrie au sens large, sans désigner un parent plutôt qu’un autre. Chercher « de qui cela vient » aide rarement ; mieux vaut s’intéresser à ce qui se passe aujourd’hui dans la famille.

L’environnement joue aussi un rôle

La HAS recense des facteurs associés à un risque plus élevé de TDAH : antécédents de la mère et grossesse, faible poids de naissance, prématurité, exposition à la pollution, adversité psychosociale. Elle les inscrit dans une hypothèse d’interaction entre gènes et environnement, où certaines expositions favoriseraient l’expression de variants restés silencieux.

Une méta-analyse de douze études, citée par la HAS, a trouvé un taux de TDAH multiplié par trois chez les bébés très prématurés ou de très faible poids de naissance. Le document ajoute que ces facteurs sont associés au trouble, ce qui ne prouve pas à lui seul qu’ils le provoquent.

Cinq familles de facteurs du TDAH : gènes, avant la naissance, à la naissance, après la naissance et interaction entre gènes et environnement
Les familles de facteurs associées au TDAH, des gènes à l’environnement.
Pas de faute à chercher

Une origine en partie génétique et en partie environnementale n’a rien d’un reproche : ni les gènes, ni les conditions d’une grossesse ou d’une naissance ne se choisissent.

Se reconnaître dans le diagnostic de son enfant

Il arrive qu’un adulte repère ses propres difficultés au moment où son enfant est évalué : désorganisation, oublis, impatience, fatigue. Ce n’est pas un diagnostic, mais cela mérite d’en parler à son médecin.

La démarche est la même que pour n’importe quel adulte : décrire des situations précises, les dater, et passer par une évaluation clinique. Les étapes sont expliquées dans Comment savoir si on a un TDAH adulte, et les repères chez l’enfant se trouvent dans TDAH de l’enfant : guide pour les parents.

Pour les bases du trouble, voyez Qu’est-ce que le TDAH ?. La page TDAH et dopamine explique ce que l’on sait des mécanismes cérébraux.

Et l’autisme, est-il héréditaire ?

La question se pose aussi pour l’autisme, que beaucoup de lecteurs associent au TDAH. L’Inserm indique que les troubles du spectre de l’autisme ont une origine multifactorielle, avec une forte composante génétique, et que près de 1 500 gènes pourraient y être associés à des degrés divers.

La logique ressemble à celle du TDAH : beaucoup de facteurs, aucune cause unique. Les deux troubles se rencontrent d’ailleurs parfois chez la même personne, ce que détaille TDAH et autisme : différences, double diagnostic, signes.

Questions fréquentes

Le TDAH est-il génétique ?

En grande partie. La HAS cite une héritabilité de 76 % selon une revue de 20 études. Elle précise que l’environnement intervient aussi, ce qui exclut une origine purement génétique.

Si je suis atteint, mon enfant le sera-t-il ?

Pas forcément. Le risque est nettement plus élevé que dans la population générale, de 30 à 40 % ou plus selon les études citées par la HAS, mais il n’a rien de systématique.

Existe-t-il un test génétique du TDAH ?

Non. Le trouble est polygénique : de nombreux variants à faible effet se combinent. Le diagnostic repose sur un entretien clinique mené par un médecin formé, pas sur un prélèvement.

Le TDAH vient-il du père ou de la mère ?

Les études citées ne désignent pas un parent plutôt qu’un autre. Les variants de risque peuvent venir des deux côtés de la famille.

Pourquoi les chiffres de risque varient-ils autant ?

Les études diffèrent par leurs méthodes, l’âge et la population étudiés : la HAS relève des estimations d’héritabilité de 0,50 à 0,98. Elle rappelle aussi que les études familiales ne séparent pas pleinement gènes et environnement.

Que faire si le TDAH existe dans ma famille ?

En parler à son médecin traitant, surtout si des difficultés persistent depuis l’enfance. Il peut orienter vers un spécialiste pour une évaluation, qu’elle concerne un adulte ou un enfant.

Retenez que l’hérédité explique une grande part du TDAH sans le rendre inéluctable ni attribuable à un parent. Si un proche a reçu le diagnostic et que vous vous interrogez, décrivez vos difficultés concrètes à un médecin plutôt que de chercher la cause. Les autres sujets du thème sont réunis dans la rubrique TDAH chez l’adulte, et la page À propos présente la façon dont ce site travaille.

Sources

Haute Autorité de santé, « Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents », argumentaire, juillet 2024. Inserm, « Troubles du spectre de l’autisme : comprendre leur diversité pour mieux vivre ». Cette page est informative et ne remplace pas l’avis d’un médecin.

Julie Morand
Julie Morand

Journaliste santé, spécialisée en santé mentale — qui écrit ici.